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L’adaptation des vignobles au changement climatique est un des grands défis futurs. La qualité des vins est intimement liée à la notion de terroir ce qui suppose une adéquation entre la vigne, les conditions agro-climatiques et le mode de conduite du viticulteur. En toute logique, l’augmentation des températures et le changement de régime des précipitations devraient entraîner une modification des pratiques viticoles. Dans les vignobles méditerranéens, le sujet est d’autant plus préoccupant que les conditions actuelles induisent déjà une production de vins plus concentrés et à fort degré alcoolique. La modélisation permettrait de mieux chiffrer ces impacts sur la production viticole. En ce sens, la société itk a réalisé une étude de l’effet du changement climatique sur le mode de gestion de l’irrigation d’une parcelle type représentative des Costières de Nîmes durant une période de 150 ans (1955-2100). 

Les simulations ont été réalisées avec le logiciel Vintel, développé dans le cadre d’un projet collaboratif associant des équipes de l’INRA, du CIRAD, de l’IRSTEA, des caves coopératives languedociennes, de la Chambre d’Agriculture de l’Hérault et de l’Association Climatique de l’Hérault. Ce logiciel actuellement utilisé en Europe et en Californie, permet de suivre le statut hydrique de la vigne et de piloter au mieux l’irrigation. La partie rétrospective (1955-2014) de l’étude a été présentée lors de la Climate-Smart Agriculture Conférence de 2015 à Montpellier. Elle montrait clairement que le mode de conduite prescrit par le cahier des charges de l’appellation Costières de Nîmes convenait parfaitement pour une production non irriguée sous le climat des années 1955 à 1975, mais la dérive climatique a depuis induit un déficit hydrique croissant, justifiant le recours à l’irrigation. Cette étude a été poursuivie afin d’évaluer les perspectives d’évolution futures. Par ailleurs, l’analyse de l’évolution des indices de fraîcheur nocturne (IFN) dans le mois précédant la vendange a été réalisée. Cet indice corrélé au potentiel aromatique et à la capacité de vieillissement du vin tend à évoluer dans un sens défavorable sous l’effet combiné de l’élévation des températures et de l’avancement des dates de vendanges. A terme, cette évolution de l’IFN risque d’être un problème majeur pour maintenir la typicité des vins du Languedoc. Les évolutions du déficit hydrique et de l’IFN ont donc été estimées jusqu’à 2100, selon 3 scénarios climatiques contrastés définis par le GIEC. Conformément aux tendances passées, l’étude prospective s’oriente vers une augmentation sensible des besoins en irrigation quelque soit le scénario considéré. Cela confirme que le mode de conduite traditionnel tend à devenir obsolète du fait de la forte augmentation du déficit hydrique attendu les prochaines décennies (Figure.1). L’irrigation est une des solutions permettant de faire face à cette évolution, mais reste un sujet controversé de par les conflits d’usage qu’elle suscite. Dans ce contexte, Vintel propose de chiffrer quotidiennement les besoins hydriques des vignobles afin de maitriser au mieux la consommation en eau tout en se conformant aux obligations des appellations. Les prédictions sont cependant alarmistes car indiquent un doublement global de la consommation en eau d’ici 2100 pour maintenir les objectifs de production (Figure.2). Par ailleurs, un avancement des dates de vendanges d’environ 1 mois est parallèlement attendu. Ce décalage combiné à la prévision d’une hausse des températures engendrerait une augmentation significative de l’IFN compromettant fortement les objectifs de qualité. Si le déficit hydrique peut être corrigé par l’irrigation, il est en revanche difficile de contrer l’évolution des dates de vendanges combinée à la hausse des températures, sauf à recourir à des cépages plus tardifs.

Ces résultats montrent d’ores et déjà qu’Vintel apparaît pertinent pour quantifier l’effet du changement climatique sur le statut hydrique des vignes. Dans ce domaine, la modélisation mécaniste présente un avantage décisif comparée aux mesures physiques car délivre une information continue pouvant faire l’objet d’études d’impacts à long terme.

Marek Duputel & Philippe Stoop

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