fbpx

Malgré des précipitations supérieures à la moyenne en décembre 2021, depuis début janvier un temps sec et une pression atmosphérique élevée se sont installés sur la majeure partie de la France et de l’Europe occidentale. Quasiment aucune précipitation n’a été enregistrée dans le sud-est de la France en janvier, entraînant un déficit pluviométrique allant jusqu’à 50 mm pour cette région viticole.

Alors que la saison végétative n’a pas encore commencé, cette sécheresse hivernale pourrait avoir de lourdes conséquences sur la croissance de la vigne, la nouaison et même sur le fonctionnement des systèmes d’irrigation goutte à goutte. Ces effets sont connus des producteurs et documentés par des études scientifiques.

La sécheresse hivernale retarde la croissance printanière

Selon une étude australienne du CSIRO, des précipitations réduites pendant l’hiver et une réserve utile vide à la reprise de la croissance retardent le débourrement et diminuent le rendement jusqu’à 40 %. Des conditions de sol trop sèches peuvent également provoquer des troubles de la croissance. Par exemple, dans le centre de la Californie, la sécheresse hivernale de 2021 a eu de graves conséquences sur les vignobles. De nombreux producteurs ont signalé un retard de croissance, une faible croissance et l’avortement des fruits. Certains vignobles gravement touchés ont subi une perte de rendement substantielle.

Le problème est connu sous le nom de « delayed spring growth» dans les pays anglosaxons et il est souvent causé par le manque d’humidité du sol. Il en résulte un flétrissement des bourgeons, un retard de croissance et, dans les cas les plus graves, la coulure et l’avortement des jeunes fruits. Ils sont est en partie due à une atteinte vasculaire causées par des conditions sèches. Les bourgeons dormants se déshydratent pendant l’hiver et ont des connexions vasculaires relativement faibles avec le reste de la vigne. Le flux de sève printanière (les pleurs de la vigne) aide à résoudre les embolies vasculaires qui pourraient se former pendant l’hiver et aide à réhydrater les bourgeons. Cependant, lorsque le sol est trop sec ou que la réserve en sucres est trop faible, ce processus peut être altéré et les pousses mal connectées ne reçoivent pas un apport suffisant à la reprise de la croissance, même si l’humidité du sol est ensuite rétablie.

Une autre conséquence de la sécheresse du sol en hiver et au printemps est l’inhibition de la formation de racines fines. Les racines fines sont des racines non ligneuses à vie courte avec de très petits diamètres < 1 mm. Elles sont importantes pour l’acquisition des ressources et pour les interactions microbiennes. Leur croissance est stimulée par une demande accrue en sucres de la plante (au printemps, par exemple) mais est aussi fortement limitée par le manque d’humidité du sol. Pour cette raison, la sécheresse en début de saison peut entraîner une diminution de l’absorption des éléments nutritifs et provoquer des carences.

Ces conséquences ne sont pas homogènes dans les vignobles. Comme seules certaines pousses sont affectées par des problèmes vasculaires et que les zones sèches des sols sont souvent réparties de manière hétérogène en fonction de la variabilité du sol, ces effets peuvent désynchroniser le débourrement et les phases phénologiques suivantes, rendant les opérations viticoles plus compliquées.

 

Changement climatique, fourmis et sécheresse hivernale: un terrible mélange pour votre système d’irrigation

En plus de ses effets néfastes sur la croissance des plantes, la sécheresse hivernale est à l’origine d’un autre problème dans les vignobles : la rupture et la défaillance des systèmes de goutte à goutte enterrés.

Ces dernières années, de nombreux vignobles du sud de la France ont signalé des dommages et des pannes de systèmes d’irrigation au début de la saison de croissance. Cela s’est produit uniquement pour les systèmes de goutte à goutte enterrés et après des hivers plus secs et plus chauds que la moyenne comme 2019. Des enquêtes approfondies ont révélé que les émetteurs d’eau le long de la tuyauterie sont endommagés par des fourmis du sol qui recherchent de l’eau à la fin du repos hivernal.

Lorsque les fourmis ne trouvent pas d’eau dans le profil du sol, elles entrent dans le système d’irrigation et en perforent les membranes pour entrer dans les conduites d’eau. Le phénomène a été particulièrement prononcé ces dernières années et alimenté par le changement climatique.

Chez la plupart des espèces méditerranéennes et tempérées, les fourmis cessent de chercher de la nourriture et deviennent inactives en hiver. Parce que leurs activités sont fortement réduites, elles peuvent survivre avec leurs réserves d’énergie pendant quelques mois. Cet état métabolique est appelé « diapause ». L’augmentation de la température au cours des premiers mois du printemps pousse les fourmis à réémerger de leurs chambres, les incitant à rechercher de nouvelles sources de nourriture et d’eau. Au cours des dernières années, des températures hivernales record ont favorisé une activité plus précoce des fourmis, à l’intérieur de sols secs qui n’avaient pas encore été irrigués. Le manque d’humidité a poussé les fourmis dans les systèmes d’irrigation où les dégâts ont été causés.

De nombreuses espèces de fourmis différentes vivent dans les sols méditerranéens, mais seules quelques-unes sont suffisamment petites pour pénétrer dans les émetteurs et se promener dans le système. Dans le sud de la France, les coupables ont été identifiés comme appartenant au genre Solenopsis .

 

Les coupables : fourmis du genre Solenopsis. Photo by Alex Wild. https://www.antwiki.org/wiki/Solenopsis

 

Comment protéger son vignoble : l’importance de l’irrigation hivernale

Compte tenu des effets néfastes que peut avoir une sécheresse excessive du sol en hiver, il est important de s’assurer que les sols conservent leur humidité pendant le repos hivernal et sont prêts à supporter une reprise de croissance saine au moment du débourrement. 

Pendant les mois d’hiver, les producteurs doivent évaluer l’humidité du sol, examiner les prévisions météorologiques et déterminer si une irrigation hivernale peut être nécessaire. Si le sol est sec, qu’aucune précipitation importante ne s’est produite et qu’aucune n’est prévue, alors l’irrigation est recommandée. Les vignes utilisent beaucoup moins d’eau pendant la saison de dormance que pendant la saison de croissance, et des températures plus basses diminuent l’évaporation du sol, de sorte qu’une seule irrigation sera souvent nécessaire en janvier ou février.

Les experts en irrigation conseillent d’effectuer une « irrigation technique » pour remplir la réserve utile et ainsi gérer les éventuels troubles de croissance et éviter que les fourmis n’endommagent les systèmes d’irrigation souterrains. Pour savoir exactement quand et combien de temps irriguer, une connaissance précise de la texture et de la profondeur du sol et l’évaluation de sa capacité de stockage d’eau sont très utiles. Ces informations peuvent être fournies par des modèles agronomiques et des OAD d’irrigation comme Vintel.

Avec la sécheresse qui s’installe dans le sud de la France et aucune précipitation importante prévue pour les prochaines semaines, c’est le bon moment pour penser à irriguer votre vignoble. Une irrigation technique maintenant peut éviter de nombreux problèmes ultérieurs et assurer un bon démarrage de la saison 2022.

 


Vintel® : Prédire le statut hydrique en temps réel

Anticiper à J+5 vos opérations parcellaires au vignoble. Sans capteur, réduisez vos apports et choisissez votre profil organoleptique avec un meilleur parcours hydrique.


Essai gratuit

R&D agronomy and modelling