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La banane, l’un des fruits les plus consommés au monde

Les bananes sont l’un des fruits les moins chers et les plus consommés au monde. Elles sont le quatrième produit agricole le plus couramment commercialisé au monde.

Selon la FAO, et sur la base des chiffres d’exportation de 2016, l’industrie mondiale de la banane génère environ 8 milliards de dollars par an. Environ 15 % de cette production sont destinés au commerce international, tandis que le reste constitue un aliment de base important pour les pays en développement.

La production de bananes pour ce commerce international est concentrée dans un petit nombre de pays situés principalement dans les régions tropicales d’Amérique Latine, d’Afrique et d’Asie, et dans l’Union Européenne (Antilles françaises, îles Canaries). Pour ces pays, la production et l’exportation de bananes représente une source importante de revenus et d’emplois. Par exemple, dans les Antilles françaises, l’industrie bananière est le plus gros employeur avec 270 000 tonnes de bananes exportées annuellement. Pour l’Équateur, premier exportateur mondial de bananes, la filière banane représente 26% du produit intérieur brut agricole du pays.

Et la culture de la banane n’est que la première étape d’une chaîne de production qui se termine par la vente de bananes aux consommateurs internationaux. Lorsqu’elles sont exportées, les bananes sont récoltées encore vertes. À la station de conditionnement, elles sont inspectées et triées pour l’exportation. Les fruits sont ensuite transportés vers les ports pour être emballés dans des navires réfrigérés appelés reefers. Afin d’éviter leur maturation pendant le transport, elles sont stockés à une température de 13,3°C, et nécessitent une manipulation soigneuse afin d’éviter tout dommage. Lorsque les bananes arrivent à destination, elles sont d’abord mûries dans des chambres de maturation, puis expédiées dans des magasins pour la vente finale aux consommateurs. Chacune de ces tâches fournit des emplois et génère des revenus.

La menace de la cercosporiose noire

La cercosporiose noire est l’une des menaces les plus importantes sur le plan économique pour les producteurs de bananes. Elle est causée par un champignon (Mycosphaerella fijiensis) qui affecte les feuilles, diminuant ainsi la surface photosynthétique de la plante.

Cela seul peut réduire les rendements jusqu’à 50 %. De plus, les fruits produits sur des plantes malades peuvent connaitre une réduction significative de la durée de leur « vie verte ». Pour l’exportation, cela constitue un problème car les fruits mûrissent prématurément pendant l’expédition et sont perdus avant d’être vendus. La plupart des régions tropicales et subtropicales sont touchées par ce champignon, avec des pertes allant de 30 à 50 %.

Ci-dessus : Les plantes infectées ont moins de surface photosynthétique, ce qui conduit à un rendement reduit et à une maturation prématurée.

 

Cette maladie relativement récente (les premiers signalements remontent aux années 60 aux îles Fidji) est aujourd’hui à l’origine d’applications intensives de fongicides dans les pays producteurs. Le cultivar de bananier le plus produit et exporté au monde « Cavendish » étant très sensible a la cercosporiose, cette maladie représente naturellement une menace majeure pour la filière. Le risque est double : d’une part des pertes de rendement et une augmentation des coûts de production, et d’autre part des impacts négatifs sur la santé humaine et environnementale. Dans les deux cas, il y a des répercussions sur l’économie des pays producteurs.

 

Le système d’alerte maladie

Afin d’aider les producteurs à lutter contre la Cercosporiose, différents systèmes d’alerte ont été développés depuis les années 70 aux Antilles et au Cameroun. Ces systèmes, à l’origine adaptés à la moins virulente cercosporiose jaune, ont été adaptés par les chercheurs du Cirad à la cercosporiose noire. Ils reposent sur une détection précoce des attaques, qui font l’objet d’un suivi régulier et permettent de calculer des indicateurs de risque de maladie.

En Martinique, ces indicateurs sont devenus un support essentiel à la stratégie phytosanitaire. Cercoban, l’unité de protection phytosanitaire affiliée à Banamart (la coopérative de producteurs de la Martinique), peut compter sur un réseau de techniciens qui surveillent en permanence les cultures bananières sur toute l’île. Les symptômes observés sont évalués, classés puis transformés en scores, utilisés pour émettre des avertissements aux producteurs lorsque le risque est élevé. Les agriculteurs peuvent ainsi protéger à temps les cultures en appliquant la juste dose de traitement phytosanitaire.

Les symptômes sont classés selon une catégorie de gravité, à l’aide d’une clé visuelle. Les scores de gravité sont ensuite utilisés pour calculer un ensemble de différents indicateurs tels que le « stade d’évolution » de la maladie et le rang moyen de la plus jeune feuille touchée par la maladie.

Ci-dessus : observation des symptômes de la BLSD sur feuille de bananier.

Grâce à ce système, les produits sont désormais appliqués au bon moment pour une efficacité maximale et la Martinique a pu limiter l’utilisation de fongicides tout en maintenant des rendements élevés.

ITK et le Cirad conçoivent Sigatocare, une application contre la Cercosporiose

ITK a su répondre à la demande du Cirad de digitaliser son savoir-expert et a rendu les systèmes d’alerte encore plus rentables et simples à utiliser : une nouvelle application pour ordinateur et smartphone  automatise le calcul des indicateurs et facilite les observations.
Les techniciens agricoles et les producteurs peuvent désormais saisir leurs observations de qualité directement sur leur smartphone sur le terrain. Les données sont immédiatement sauvegardées et sécurisées sur des serveurs à distance et les indicateurs sont renvoyés automatiquement sans avoir besoin de transcription ni de calculs manuels.

 

L’interface de l’application et le formulaire d’observation de la cercosporiose en ligne

  

 

L’application Sigatocare fournit un nouveau type d’indicateurs, qui intègrent ceux calculés classiquement par le Cirad et leur dynamique dans le temps, pour évaluer la nécessité d’applications phytosanitaires dans les jours suivants. Les indicateurs s’expriment selon une clé de couleur (rouge : élevé, jaune : moyen, vert : faible). Pour le développer, ITK a formalisé la réflexion et les méthodes du Cirad à l’origine du système d’alerte phytosanitaire. Cette expertise est désormais automatisée, ce qui rend les décisions encore plus simples et efficaces.

La nouvelle synergie entre le Cirad et l’ITK est une bonne nouvelle pour la filière de la banane. C’est un pas de plus vers une stratégie phytosanitaire plus efficace et plus durable qui protégera les bananes et leur environnement en réduisant l’usage des pesticides.

 

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